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Dans les relations familiales, il est assez courant de parler de ressentis, même si pour certains, et particulièrement nous autres les hommes, l’exercice est culturellement encore inconfortable ! Ce serait une façon de montrer notre vulnérabilité, de nous abaisser, de laisser notre John Wayne intérieur perdre de sa virilité.
communication travailDans le milieu du travail, dire ou entendre les émotions est parfois mal vu, voir inacceptable, qualifié de non professionnel. Ce serait un signe de faiblesse, un temps considérable qui empièterait sur l’efficacité du travail, une façon de perdre assurément la face ou l’autorité, et ce serait prendre le risque que tout nous échappe en nous montrant tels que nous sommes.
Pourtant, la neurologie, depuis une quarantaine d’années, a mis le doigt sur le rôle majeur de notre cerveau limbique.
Le cerveau limbique, ou cerveau émotionnel, serait une véritable plaque tournante dans notre système nerveux central lorsque nous sommes face aux évènements, dans toute relation en général, et bien entendu dans les conflits relationnels.

1) Toute information est d’abord appréhendée par le cerveau limbique. Du tréfonds de ces limbes fraîchement explorées vont se jouer tous nos comportements.

2) Soit le cerveau limbique identifie quelque chose de connu (ou qui lui semble connu) et la réaction se fait directement via l’exécutant en chef, fidèle serviteur, l’hypothalamus. Soit il soumet aux sénateurs le problème : hémisphères droit et gauche, composants du néo-cortex.

3) Dans le cas où le néo-cortex est saisi de l’affaire, les deux hémisphères vont se concerter « en bonne intelligence », avec leurs approches complémentaires (ce qui pourrait servir d’exemple en politique). En ce qui nous concerne ici, le gauche est davantage inspiré de logique et d’analyse, le droit habité de créativité, d’imagination, et appréhendant de manière plus globale la situation.

médiation et neurosciences

4) Le rapport d’enquête, établi au moyen de cette gouvernance participative, est envoyé au limbique.

5) Ce dernier en fait sa conclusion et archive le tout en fonction de son degré de bien-être : agréable, ou pas agréable. A renouveler, ou pas. C’est notre mémoire émotionnelle.

Si une situation similaire revient, le lien se fait directement et l’hypothalamus agira directement. Mais là est notre soucis : si une situation ressemble faussement à la première situation, le cerveau peut se faire piéger, et la réaction s’avère alors inadaptée. Le cerveau ne fait pas toujours la différence entre réalité et imaginaire.
Ainsi, votre conjoint ou votre patron vous fera une réflexion sur votre ponctualité (« Toujours en retard, Manu ! »), et votre cerveau réagira peut-être à partir d’une mémorisation datant de 30 ans, élaborée à partir d’une phrase émise par votre instituteur en classe de CE2…Conséquences : vous vous renfermez ou allez vous défouler sur la poubelle du bureau.
Aussi, l’accueil et la conscientisation de l’émotion aurait permis à votre néo-cortex de vous connecter aux besoins touchés au moment présent – besoin de compréhension pour la chute à vélo qui m’a valu ce retard ? Besoin de considération pour le respect de mes engagements au travail ? – et ainsi d’entreprendre une action adaptée, pour recevoir cette considération, par exemple.

L’émotion naît et sert… et les mots sont nécessaires

Prendre en compte les émotions nous permet donc de sortir de la réactivité, de l’impulsivité. Faire l’économie d’une communication qui prend en compte les ressentis est alors une perte de temps considérable : les sujets tournent en rond, et ce qu’on a savamment caché sous le tapis nous revient en boomerang à la fin de la conversation, à un croisement inattendu.

Traduire nos émotions permet de retrouver un comportement « juste », c’est-à-dire en adéquation avec la situation présente. En effet, lorsque les émotions sont exprimées et entendues, le néo-cortex est prêt à appréhender « le fond du problème » et à retrouver le chemin de la raison ¹.
Nommer à l’autre ce que l’on ressent permet de sortir des reproches : nous donnons à comprendre en quoi nous sommes touchés par ce qui est dit, et nous pouvons ainsi mobiliser notre énergie ensemble vers de nouvelles solutions. Ce serait une façon de lâcher nos analyses sophistiquées, nos débats d’idées et nos justifications interminables.
La médiation s’attache en ce sens à traduire nos ressentis pour faire entendre ce qui se cache derrière, notamment grâce au processus de langage de la Communication Non Violente ².

En fuyant une situation désagréable, nous fuyons également ce qui permet de nous en libérer ³

Nous en libérer ? Mais pour libérer ce qui est profondément enfoui en nous, des conditions de confiance sont indispensables.
En effet, la peur met le cerveau limbique en état de fermeture. C’est pourquoi le cadre de la médiation permet à la parole de se déposer en toute sécurité, et doit être libre des conséquences qui découleraient de cette liberté de parole.
La médiation serait donc un processus en accord avec le fonctionnement intrinsèque à l’homme, à la pointe des neurosciences ?

C’est ce que l’on peut conclure à la lumière des dernières recherches en la matière4, concernant le cerveau limbique et aussi, plus récemment, les neurones miroirs.
Notre cerveau serait composé de part et d’autre, et pas seulement à un endroit spécifique, de neurones miroirs. Ceux-ci nous permettraient d’établir de multiples connexions dans notre cerveau, rien qu’en voyant l’autre faire une action.
Si quelqu’un vous aperçoit en train d’observer, admiratif, un vol d’oies sauvages par le coin de la fenêtre, aussitôt des connections s’établissent dans son cerveau : les zones qui aident à concentrer son regard sur le coin de la fenêtre et à apprécier les oies sauvages sont mobilisées.

Si, à votre bureau au travail, votre ordinateur se bloque soudainement et que vous saisissez votre chaussure pour le frapper de manière acharnée, aussitôt, dans le cerveau de votre collègue, la zone correspondante à son bras-en-train-de-saisir-sa-godasse-pour-frapper-son-ordinateur est en action, même s’il ne concrétise pas cette action.

De plus, si vous sirotez un cocktail coloré, cela donnera envie à votre voisin de commander un cocktail coloré. Nos neurones miroirs favorisent donc l’enviosité, et… les conflits. Mais si vous partagez votre cocktail, cela donnera envie à l’autre de partager son cocktail. Les neurones miroirs favorisent aussi la résolution des conflits.

Les neurones miroirs nous mettent en lien entre êtres humains, nous permettent d’établir de nouvelles connexions en nous-même, et nous ouvrent de nouvelles possibilités

Plusieurs conclusions en découlent :

  • Les comportements individuels peuvent facilement se transformer en comportement de masse, que ce soit dans le cas tragique d’une dynamique génocidaire, ou bien dans le cas d’une marche non-violente à la Martin Luther King.
  • Cela questionne également nos choix en cas de conflit : s’acharner à « charger l’adversaire » de tous les torts, ce qu’il saura très bien faire en retour, ou bien travailler à ce que les deux blessures soient comprises et prises en compte ?
  • Si les neurones miroirs me permettent d’être en lien avec l’autre, le médiateur joue alors le rôle de booster de neurones-miroirs : il met votre interlocuteur en disposition pour vous donner l’empathie nécessaire à la compréhension mutuelle et à l’avancement de la situation figée.

cerveau émotionnel

Pour appréhender les conflits, une nouvelle méthode pourrait donc remplacer la méthode obsolète et inadéquate de communiquer dispensée dans nos westerns :
1/ Je te laisse comprendre ce que tu aurais dû comprendre sans que je te le dise.
2/ De toute façon, tu es responsable de mes malheurs.
3/ Le problème se réglera par la suppression du problème (en général toi-même), car c’est la seule méthode que l’on m’a donnée à voir.

Un bon vieux duel nous empêcherait-il d’affronter notre propre dualité ? Serions-nous complètement à l’West avec nos QI élevés ?
Pas de panique, notre intelligence émotionnelle5 sommeille sous nos chapeaux de westerns ! A nous de réinventer les cow-boys de demain…

¹ Béatrice Blohorn-Brenneur : La médiation pour tous / Editions Médias et Médiations
² Marshall Rosenberg : Les mots sont des fenêtres, ou bien des murs / Edition La Découverte
³ Claudia Rainville : La Métamédecine / Editions Trédaniel
4 Pierre Bustany, Boris Cyrulnik, Thierry Janssen, Christophe André, Jean-Michel Oughourlian,
Patrice Van Eersel : Le cerveau n’a pas fini de vous étonner / Edition Albin Michel
5 Daniel Goleman : L’intelligence émotionnelle / Edition J’ai lu

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