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À l’occasion de la publication du livre LES AMANTS SUR LA BRECHE, dialogues à Jérusalem, je souhaite vous partager un peu de la beauté dont est témoin un médiateur dans sa pratique.

couverture livreDans les LES AMANTS SUR LA BRECHE, je me suis inspiré du mythe de Roméo et Juliette, transposé aujourd’hui à Jérusalem, et notamment du conflit entre les deux familles. Je me suis posé la question : « Au fait, sait-on quelle est l’origine du problème, au-delà des violences accumulées ? Y a-t-il des raisons identifiables et qui ne sont pas dites ? La fatalité est-elle maître du jeu ? Peut-on contester une tragédie ? ».

En essayant de repenser à la première fois où j’ai entendu parler du conflit israëlo-palestinien, il me vient cette image chez ma grand-mère. J’ai six ou sept ans (le massacre de Chatila ? Attentats à Jérusalem ?…), et je passe devant la petite pièce de la télévision à trois chaînes; je me retrouve comme devant un miroir : de l’autre côté du miroir se tient un autre enfant du même âge, mais lui est en sang.
L’oeil hagard, il déambule au milieu de gravats. Je suis saisi de frisson et j’ai du mal à croire à la réalité de l’image, confiné entre mes quatre murs protecteurs.

Trente-trois ans plus tard, j’allume la télévision, et je suis à nouveau devant l’image de la petite pièce à télé, comme dans un mauvais rêve. On a beau retourner le livre d’Histoire – avec un grand H – et le commencer par la fin, c’est la même histoire, avec un petit h honteux.
Pourtant, les tentatives de paix n’ont pas manqué.

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fiole-n-et-b-clair-copieLorsque l’on initie une médiation, on est amené à rencontrer chacun séparément. C’est toujours un moment fort.
La personne expose son vécu et souvent ce qu’il pense de l’autre. Elle dépeint parfois l’autre avec toutes ses tares, dresse le portrait d’un grand égoïste, d’un manipulateur, d’un pervers narcissique ou d’un monstre à trois têtes.
Au cours de son récit je suis tenté de m’exclamer : « O mon Dieu, vous n’avez vraiment pas de chance, quelle ordure vous me décrivez là ! Comment faites-vous pour travailler ou pour vivre avec elle ! ». Quel plaisir et quel confort ce serait, pour moi, que de donner raison à cette personne qui souffre, de pouvoir faire partie de son équipe, et d’être ainsi aimé assurément en retour !

Cependant, l’expérience de médiation me fait vivre une toute autre réalité.
Lorsque je me dirige vers la seconde personne – à la réputation qui n’est plus à faire – il m’arrive d’être imprégné de fortes appréhensions. Aussitôt en contact avec elle, il me vient cette interrogation en moi : « Ne me suis-je pas trompé de rendez-vous ? Est-ce le même dossier ? Ont-ils changé les personnages ? Y a-t-il une caméra cachée ? Qui m’a joué un tour ? ».
Je découvre alors en peu de temps qui se cache derrière le masque, et le monstre à plusieurs têtes verse fréquemment quelques larmes avec chacun de ses multiples yeux.

À son tour il me brosse le tableau de sa relation avec son « fou » à lui. Si je n’étais pas prévenu, je hurlerais : « Quelle trahison ! La première personne m’a donc bien caché son jeu ! J’ai été berné ! Il a dû se métamorphoser en loup-garou dès la sortie de mon cabinet ! ».

Force est de croire qu’aucun être humain à buste d’ours et pattes de bélier n’existe sur cette planète.

A l’idée de rencontrer « l’autre » en tant qu’humain, et dépourvu de son étiquette de « supérieur », de « collègue », de « responsable du conflit », de « méchant » ou autre, chacun se sent déjà rassuré.
Ainsi la première rencontre des « bourreaux » permet de rendre visible les visages sincères et les aspirations derrière les maladresses ou les drames. Le registre se modifie. La pression est différente, et la lumière se fait petit à petit lorsque le médiateur invite chacun à parler à partir de lui-même plutôt que SUR l’autre, et à sortir des accusations. Ainsi nous sommes plus à même d’élaborer ce qui conviendrait à tous, plutôt que de rester dans le procès de l’un ou de l’autre.
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Mais cette rencontre qui fait se croiser les êtres, plutôt que des objets, n’est possible que si les intentions du médiateur ne sont pas biaisées, si les menaces sont exclues, si les pressions extérieures sont de côté, si les intérêts sont transparents, et si l’engagement de chacun est sincère.
Ainsi, lorsque les négociateurs fournissent des armes de chaque côté, la rencontre semble piégée…

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A titre d’exemple historique qui a influencé considérablement la fin de la seconde guerre mondiale, je vous invite à lire ou à relire LES MAINS DU MIRACLE de Joseph Kessel, dont le personnage principal relate l’histoire réelle de Félix Kersten, masseur.
Ce-dernier obtient, en soulageant simplement les douleurs gastriques de Himmler, le chef des SS et de la police, et en prenant le temps de l’écouter, de sauver des milliers de vies des camps de concentration. Ainsi, l’un des plus grands « bourreaux » du XXème siècle se laisse attendrir dans cette relation de confiance.
Kersten va jusqu’à organiser en 1945 une rencontre entre Himmler et un juif, membre du Congrès Juif Mondial, afin d’arracher 5000 vies supplémentaires des listes macabres, afin d’arrêter que les juifs soient molestés, et empêcher le dynamitage des camps de concentration à l’arrivée des Alliés. Ce que Himmler finit par accepter.

iii-neige-rouge-copieAvec l’espoir que cette exception historique reste possible à tout moment, je me suis amusé à promener, dans LES AMANTS SUR LA BRECHE, le lecteur entre chacun des acteurs-clés du conflit en Palestine, allant à la rencontre sincère des personnages un par un, et, au delà des apitoiements, se laissant émerveiller par l’humanité en chacun.

Au fur et à mesure de l’écriture, le conflit laissait place à l’histoire des amants malgré moi. Les personnages m’ont pris de court et ont commencé à vivre leur propre histoire, ce que je n’ai pas cherché à freiner. Car là est bien le but recherché : l’amour sous toutes ses formes !

Je repense à mon double sur l’écran de la télé, et je me plais à croire que nous saurons tous l’aider à écrire le dénouement heureux de son histoire.

Vous pouvez vous procurer le livre en cliquant sur cette image :

Couverture LES AMANTS - copie 2

Fabrice Gand, Janvier 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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